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Depuis 1656, nous nous sommes posé des questions sur Pierre Micheau. Le livre des recettes et dépenses de la fabrique rédigé par " maistre Jean Picard estant marguillier en l'année 1661 et 1662 " nous rappelle la présence de notre ancêtre; ce document, le deuxième après l'engagement, nous donne enfin l'assurance que Pierre est en Nouvelle-France. Il n'a pas quitté la terre d'accueil; il habite la rive nord du fleuve Saint-Laurent, riche en " belles et grandes prairies bien unies, lieu très commode pour nourrir quantité de bestiaux ", comme l'indiquent les Relations des Jésuites. Ces prairies naturelles au pied du cap Tournemte on attiré les colons dès 1633. Le marguillier de Sainte-Anne-du-Petit-Cap reconnaît avoir versé trois livres à Pierre Micheau pour deux journées de travail. L'église où travaille notre ancêtre est construite en bois et remplace une humble chapelle érigée sur une petite élévation, d'où son nom, et dédiée à Sainte Anne, patronne vénérée des matelots, qui viennent s'acquitter de leurs vœux après le danger. Aujourd'hui située non loin du rivage, cette élévation n'est découverte qu'à marée basse. Mrg de Laval s'occupera activement de cette église sise dans son fief.

Maistre Picard note encore deux autres journées de travail payées à Pierre Michel. Nul doute devant ces deux noms : il ne peut s'agir que du même homme. Plus loin, dans les recettes de 1664, quarante sols pour le cierge (deux livres) ont été payés par le même Pierre Michel. A notre connaissance, aucun autre Pierre Michel n'a vécu à cette époque, sauf notre ancêtre, à qui on a donné ce nom quelquefois.

Depuis quand Pierre Micheau habite-t-il Sainte-Anne-du-Petit-Cap ? L'historien Marcel Trudel, dans son ouvrage Le terrier du Saint-Laurent en 1663, nous fournit un outil précieux pour répondre à cette question : " Pierre Michel était titulaire en juin 1663 d'une terre de 3 arpents de front sur le fleuve, avec une profondeur de 126 arpents, concédée en 1664 mais qu'il occupait déjà en 1663. " Cette terre longe la rivière Sainte-Anne, aussi appelée ruisseau dit la Grande-Rivière. Située sur la rive gauche de la rivière, en aval du fleuve, cette terre est éloigné de 6,5 milles (10,1 kilomètres) du cap Tourmente. Une visite des lieux nous a permis de situer l'endroit au pied du mont Sainte-Anne, aujourd'hui renommé pour ses pentes de ski.

Si nous examinons les propriétaires des terres avoisinantes, nous pouvont émettre l'hypothèse que Pierre Micheau a défriché sa terre bien avant 1663, car ses amis y sont installés depuis fort longtemps. Il est d'usage de retarder l'acte notarié donnant au concessionnaire ses titres de propriété. Le seigneur doit d'abord s'assurer que le colon a défriché sa terre, construit sa maison et exploité son domaine. Nous présumons que Pierre a vécu sur la côte de Beaupré de 1656 à 1665, date de la vente de sa concession. Il fut sûrement témoin du massacre perpétré à Beaupré, le 18 juin 1661, par des Iroquois descendu de Tadoussac. A-t-il éprouvé de la crainte devant l'audace accrue des embuscades ? Quel courage il a fallu à ces pionniers pour survivre!

Le 27 avril 1662, au greffe du notaire Audouart, nous apprenons que Pierre Micheau, qui, nous le savons, a travaillé à la construction de son église, a aussi engagé à son service Jean Rabouin, à qui il doit de l'argent. En l'absence de ce dernier, Pierre Parent agit comme procureur. Nous supposons que notre ancêtre, installé sur sa terre, a demandé l'aide de Rabouin pour défricher son lot et bâtir sa maison. Voici le résumé de l'acte notarié :

" Pierre Parent, procureur de Jean Rabouin, réclame en son nom, paiement de cinq jours d'ouvrage chez Pierre Michault, à raison de 30 sols par jour, plus une somme de treize livres et dix sols à lui due. "

Selon les documents du temps, la journée de travail durait de 10 à 12 heures.

Pierre Micheau aura connu le froid, la terreur des incursions iroquoises, et bientôt il vivra l'angoisse qui accompagne les tremblements de terre. Le journal des Jésuites rapporte ce qui suit :

" Jours gras furent signalés entr'autres par les tremblement de terre effroyable et surprenant qui commença une demi-heure après la fin du salut de lundi 5 de février (1663), jour de la feste de nos saints martyrs du Japon, savoir sur les 5 heures et demi et dura environ deux miserere; puis la nuit et ensuite les jours suivants à diverses reprises, tantôt plus forte, tantôt moins forte : cela fit du mal à certaines cheminées et autres légères pertes et dommages, mais un grand bien pour les âmes : car le mardi gras et le mercredi des cendres on eut dit que c'était un jour de Pâques, tant les confessions et les communions et toutes dévotions furent fréquentes. Cela dura jusques au 15 mars ou environ, assez sensiblement. "

En récitant deux " miserere ", nous avons compté trois minutes, ce qui représenterait la durée du séisme du 5 février 1663. La terre tremblera l'espace d'un autre " miserere " le 15 octobre 1665, sur les neuf heures et quart du soir, et le 13 avril 1668, sur les huit heures du matin, selon le Journal des Jésuites. Autre phénomène à signaler, que Pierre Micheau a certainement vu :

" Depuis la Toussaint 1664 jusqu'en janvier 1665 fut vue une comète qui paru grande à queue allant du nord au sud ce qui la cacha en ce temps-là c'est-à-dire sur la fin de l'année et en même temps en partu une autre venant du sud au nord; plusieurs autres phénomènes furent vus. "

Une troisième comète fut apercue deux ou trois jours avant Pâques de la même année. Après avoir payé la dette contractée envers Jean Rabouin, Pierre Micheau ne fait parler de lui qu'en date du 6 septembre 1665. En présence du notaire Claude Auber.

"Pierre Michel, habitant de la coste de Beaupré, vend à François Daniaud dont la femme était attendue prochainement au pays sur le navire du sieur Phélix, une concession et habitation sises en la dite coste, au lieu appelé la grande rivière, tenant à Jean Boutin dit Larose et à Gilles Moulineux, habitant le dit lieu. "

Le prix semble fixé à 150 livres. En ce Jean Boutin, nous reconnaissons un compagnon de voyage du LaFortune en 1656. Ces engagés de jadis ont vécu dans la même région en tout amitié. Sur le plan des terres de Sainte-Anne-du-Petit-Cap daté de 1680, la terre de Pierre Micheau est indiquée sous le nom de Jean Le Picart; parmi les terres de la côte de Beaupré illustrées par Marcle Trudel, Michel Marquisean était en 1663 le voisin de Pierre Michel.

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