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Rivière des Trois-Saumons (1682 - 1692)

Quand Pierre Micheau et famille ont-ils quitté l'île aux Grues ? Nous pouvons situer le grand déménagement avec bestiaux et ameublement, soit en barque ou sur le pont de glace, à la fin de 1682. Dès son arrivée sur la côte sud, Pierre collabore à la constrution de l'église de Cap-Saint-Ignace. Selon le procès-verbal de l'assemblée tenue le 24 janvier 1683, cette église aura quarante pieds de long sur vingt-cinq de large, avec un rond-point, le tout de colombage, doublé de planches par dehors pour la conserver.

Pierre Michel promet quatre journées de travail, cinq planches et, pour clore le cimetière, 200 pieux. En 1686, lors de sa visite pastorale, Mgr de Saint-Vallier trouvera l'église jolie mais aussi pauvre que les autres, bien qu'elle soit dans le lieu le plus peuplé de la mission.

Depuis le 2 février 1681, les registres n'ont mentionné aucune naissance au foyer de Pierre et Marie. Nous savons cependant qu'un autre enfant leur est né. Nous devons placer la naissance de Louis au début de janvier 1684 pour deux raisons. D'abord parce qu'en 1708, au moment de son mariage, Louis se dira âgé de 24 ans. Ensuite parce que l'intervalle entre deux grossesses de Marie n'a jamais excédé 35 mois (Entre les naissances de premiers enfants du couple, nous observons des intervalles de 23 mois, 35 mois, 25 mois et 26 mois). A cause de cette absence dans les registres, nous ignorons les noms du parrain et de la marraine.

L'abbé Morel, revenu à ses fonctions curiales, enregistre la naissance suivante en novembre 1685.

    " Le treizième jour du mois de novembre de l'anné mil six cent quatre vingt cinq a été baptisée à la Rivière des Trois Saumons par moi prestre missionnaire et premier chanoine de la cathédrale de Québec, Elisabeth fille de Pierre Michaux (sic) habitant du dit lieu et de Marien Ancelin sa femme la dit enfant née le dixième du même mois et an. Le parrain a été Louis Bélanger la marraine Marguerite Lefrançois lesquels ont déclaré ne savoir signé de ce j'interpelé suivant l'ordonnance. Thomas Morel ".

Marguerite Lefrançois est l'épouse de Louis Bélanger, seigneur de l'Islet. Par ce document d'archives, nous connaissons l'endroit où Pierre Micheau demeure : il s'agit de la troisième terre à l'ouest de la rivière des Trois-Saumons qui apparaît sur la carte dressée par le sieur Gédéon de Catalogne en 1709. Nous y voyons les censitaires des deux seigneuries formant la paroisse de L'Islet. En 1709, Pierre Micheau avait vendu sa terre à Pierre Lessard.

Nos ancêtres ont toujours eu le souci de fréquenter les offices religieux. Le document du 16 décembre 1685 nous en fournit la preuve : lors d'un assemblée de colons pour l'éventuelle construction de la première église de L'Islet, l'abbé Thomas Morel a rédigé le procès-verbal qui suit :

    " Nous, René Cloutier, Charles Fortin, François Cuyon, Guillaume Guyon, Joseph Caron, Nicolas Durand, Pierre Michaud, Olivier Michel, Marie Cloutier, veuve Philippe des Troismaisons, Robert Gaumont, et Pierre de la Voye, tous habitants, party du sieur Belanger, party du sieur Langlois et pary de dame Geneviève Couillard, fille de Sr. Monsieur de l'espinay, avons remonté depuis plusieurs années, à Monsieur Morel, prestre missionnaire et chanoine de l'église cathédrale de Québec, desservant cette mission, l'incommodité et la peine que nous avons de pouvoir aller, n'y envoyer nos femmes au service divin, qui se fait dans l'église de St-Ignace, et principalement les grandes festes et jour de dimanche, ou l'éloignement et l'impossibilité que des femmes puissent quitter les enfants et de découcher de leurs maisons, pour faire trois lieues et demye, pour cet effet nous l'avons prié, par le pouvoir qu'il a de Monseigneur de Québec, notre évesque, de faire et regler en la mission (de ce qu'il jugera, pour la plus grande gloire de Dieu, le bien et le salut de tout le monde, de nous permettre de faire une chapelle ou église de colombage de 25 ou 30 pieds de long et de largeur à proportion, avec rond point et une voute et autres dépendances, selon notre pouvoir entre les deux seigneuries du sieur Bellanger d'un côté et Guillaume Guyon de l'autre, tous deux sur différentes seigneuries, comme étant le lieu le plus commode, tant pour tout le monde que pour placer la dite chapelle ou église, que pour nous pouvoir desservir plus facilement par voye de misson, soit par lui-même soit par ceux qui viendront dans la suite du temps, et de nous assembler pour cette effect, ce qu'il nous a accordé le dimanche 16ième de ce présent mois de décembre 1685, dans la maison du sieru François Bellanger, seigneur du dit lieu à l'issue de la grande messe, après nous avoir escouté et rescus toutes nos raisons sur le susdict dessein que nous avions et fait voir l'importance d'avoir un lieu decent pour y pouvoir administrer les sacrements et y faire les fonctions de son ministère, ayant de plus parlé à tout le monde et pris, les voix d'un chacun, ou nous avons tous été d'un commun consentement et avons promis et promettons de faire au plutost cette ditte chapelle et église à la résidence du sieur Bellanger, auquel on a proposé le dessen tut le premier et auquel a descidé pour le mettre sur sa seigneurie, sur la terre de Louis Bellanger, son fils, auquel on a demandé seulement un arpent de terre pour y faire un cimetière, ce qu'il a refusé et dit hautement qu'il n'en donnerait point et qu'il aimait mieux que l'église fut éloignée de lui que proche, dans la pensée que son père a toujours eu, que la dite chapelle serait bastie ou il voudrait et proche de sa maison, à quoi nous n'avons pu consentier n'estant pas ;a la commodité de tout le monde, mais seulement à la sienne particulière et presque au boutdes trois seigneuries dy dessus. Nous, voyant ainsi rebutés de ce costé là, François Guyon s'est offert de donner de la terre, par le mesme dessein en cas que Guillaume Guyon, son frère pour lors absent, n'en voulut pas donner laquelle offre a esté accueillie et acceptée de tout le monde, et approuvée par mon dit Sieur Morel, lequel nous a accordé notre demande, et nous sommes obligés de notre plein gré et volonté sans y avoir été contrainct, ny forcés, d'y travailler dès cet hyver, et de lui lever et construire devant les semences, en foy de quoy nous avons tous prié mon dit Sieur Morel de signer pour nous, ne sanchant pas signer, pour confirmer et certivier notre pieux dessein et nostre volonté sur le susdict, ce qu'il nous a bien volontiers accordé le 16ième décembre 1685, Morel Prestre missionnaire et chanoine de la cathédrale de Québec.

    Le dimanche dix-septième du mois de l'année mil six cent quatre vingt six, lecta missa, tous les habitants du dit lieu assemblés, on a résolu de commencer à travailler à la chapelle, ci-dessus en la manière dont il a esté ci devant détermié et de commencer le lendemain de St-Joseph, 20 du présent mois de mars, comme aussi Guillaume Dion, cy-devant absent, étant intervenu, a promis de donner sur son habitation, la terre nécessaire pour placer la dite chapelle…suivant la demande qui lui a esté faite en présence de tous les habitants, un arpent de terre. Tous les habitants présents ne pouvant escrire ny signer, ce qui fut fait par eux en qualité de leur missionnaire, dansn la maison de François Guyon, où se dit basse messe pour la commmodité de tous les habitants, tant du haut que du bas, suivant la prière qu'ils n'y ont faite en attendant leur chapelle bastie. Ce 17ième mars 1686.

    Morel, prestre missionnaire chanoine de la cathédrale de Québec ".

A la fin d'avril 1686, lors de la visite de Mgr de Saint-Vallier, la construction n'était pas encore commencée mêm si on avait reçu l'ordre de bâtir.

La chapelle était-elle terminée lorsque Joseph Caron et Elisabeth Bernier, sa femme, font baptiser le 19 décembre 1686 leur fils Joseph, né le 15 à la rivière des Trois-Saumons ? La marraine a été Marie Micheau, le parrain, Jacques Bernier, aieul maternel. Cette Marie n'a que 11 ans et demi, ce qui ne doit pas nous étonner, car les registres sont nombreux à noter d'aussi jeunes marraines. Est-il nécessaire de préciser que Marie est la fille de Pierre Micheau et de Marie Ancelin ? Baptisé Marie-Anne, elle portera quelquefois le prénom de Marie.

Depuis la naissance d'Elisabeth le 10 novembre 1685, il s'est écoulé plus de 25 mois. Nous croyons devoir fixer la date de naissance de François, restée inconnue, en décembre 1687. Le père récollet Claude Moireau, missionnaire à Cap-Saint-Ignace et à L'Islet de décembre 1686 à mai 1688, a-t-il oublié d'enregistrer cette naissance ? C'est regrettable, car nous ne connaissons pas les parrain et marraine. A son inhumation survenue le 7 septembre 1727, François était âgé de 40 ans environ, ce qui nous aide à dater sa naissance.

Pierre Micheau et Marie Ancelin ont déjà leurs six garçons, et nous imaginons qu'ils en sont très heureux; les travaux ne manquent pas sur la terre, et de jeunes bras sont très utiles. Cependant, la naissance d'une troisième fille a certainement réjoui toute la famille.

    " le 25 novembre 1690 par Monsieur de Francheville prestre missionnaire de la grande anse, a été baptisée Geneviève Micheaux (sic) fille de Pierre Micheaux et de Marie Ancelin sa femme née le 10 du mois. Le parrain a été Joseph Caron et la marraine Geneviève Bernier lesquels n'ont point signé, fait le présent acte par moi prestre sousigné Miss. du Cap St-Ignace ce vingt septième de novembre l'an mil six cent quatre vingt dix. J. Pinguet P. miss. ".

Joseph Caron était charpentier et deuxième voisin de Pierre Micheau. Il possédait une terre en bordure de la rivière des Trois-Saumons, sur la rive gauche de la rivière et à son embouchure, " jusqu'à une lieue de profondeur dans les terres ".

Notre ancêtre a possédé une terre moins profonde mais aussi large, soit 6 arpents par une demi-lieue.

Lorsque l'on considère les difficultés de tout genre que nos ancêtres ont eues à affronter au début de la colonie, nous admirons Marie Ancelin, qui a sauvé de la mort ses neuf premiers bébés. Malheureusement, la petite dernière n'aura pas cette chance :

    " le 28 décembre 1690 a été inhumé dans le cimetière de l'église de St-Ignace le corps de feu Geneviève Micheaux fille de Pierre et Marie Ancelin morte le jour précédent âgée d'un mois et demi environ, lequel enterrement a été fait en présence de Philippe des Trois Maisons et de Louis Gamache témoins lesquels ont déclaré ne savoir signer.
    Jean Pinguet P. miss. "

Marie Ancelin a fêté ses 41 ans tout récemment; elle est enceinte de son dernier enfant. Le 11 février 1692, elle a la joie de mettre au monde une fille qui effacera la mort de la petite Geneviève. L'abbé Jean Pinguet lui administre le sacrement de baptême le 14 février suivant, et elle portera le prénom de Magdeleine. Son parrain est François Cuyon dit Dubuisson, et sa marraine, Marie Leblanc, femme de René Cloutier.

 

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