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St-Jean Ile d'Orléans (1665? - 1671)

De septembre 1665 à juin 1667, qu'advient-il de notre ancêtre ? Il ne possède plus de terre ni d'habitation. A-t-il eu la tentation d'aller à la pêche à la morue à Gaspé, ou à celle du loup-marin à Tadoussac ? Ce que nous apprenons du notaire Vachon en date du 22 juin 1667 nous donne réponse à cette question : Pierre Michel a une terre voisine de celle de Mathurin Dubé, du côté sud de l'île d'Orléans, dans les limites de la paroisse Saint-Jean. Pourquoi cette deuxième concession ? C'est que Pierre Micheau se marie et qu'il veut installer sa jeune épouse dans le confort d'une maison neuve. Ainsi, le dimanche 2 octobre 1667, Pierre Michel " habitant en ce pays coste et seigneurye de Beaupré et paroisse de Sainte-Anne-du-Petit-Cap " se présente devant le notaire Royal Claude Auber. Fils héritier d'Antoine Michel (Micheau) et Marie Train, ses père et mère de la ville de Fontenay-le-Comte en Poitou, évêché de Maillezais, Pierre va unir sa vie à celle d'une jeune fille de 16 ans, Marie Ancelin. Notre ancêtre est accompagné du sieur Louys Cabassier, de Pierre Gendreau dit Lapoussière (autre compagnon de voyage de 1656), de Nicolas Quentin dit Lafontaine, et de Roamin de Trespagny, ces trois derniers habitant la côte et seigneurie de Beaupré. Ces colons se sont réunis autour du futur marié à l'occasion d'un jour mémorable, celui de son contrat de mariage.

En ce 2 octobre 1667, Pierre Micheau est orphelin de mère. Marie Train " femme d'un Micheau, mercier " a été inhumée le 26 mai 1662. Fille de Pierre Du Train et de Marie Michelle, elle avait été baptisée le 17 août 1602 en l'église Notre-Dame de Fontenay-le-Comte. Guillaume Pasquier avait été son parrain, et Marie Bonnard dite Marie Boutailler, sa marraine. Nous ne connaissons pas la date de son mariage avec Antoine Micheau. Leur fils Estienne, décédé à l'âge de 9 ans, est inhumé le 1er février 1634, ce qui nous donne peut-être une date approximative du mariage, soit 1624, si l'on suppose qu'Estienne est l'aîné des enfants. Thomas, frère d'Estienne, fut inhumé dans le même cimetière de l'église de Fontenay, le 16 octobre 1635; il était âgé de 7 mois. La date du baptême de Pierre Micheau n'a pas été retracée, ni celles de la naissance et du décès d'Antoine, son père. Par contre, une sœur de notre ancêtre a été baptisée le 2 avril 1640 au même endroit. Son parrain fut René Gaudin et sa marraine, Anne Granidorgé. Nous ignorons ce qu'elle est devenue.

Marie Ancelin, la future mariée, avait été baptisée le 7 mai 1651 en l'église Notre-Dame-de-Cougnes, à LaRochelle. Elle eut comme parrain Guillaume Lacroye et, comme marraine, Marie Charlotte Tessier. Après la mort de sa mère, survenue le 19 août 1661, Marie va entreprendre la traversée de l'Atlantique avec son père et la seconde épouse de ce dernier. En ce 2 octobre 1667, Marie est accompagnée de son père, René, " habitant et demeurant en la dite coste et seigneurie, paroisse de l'Ange-Gardien ", de sa mère " en loy ", Marie Juin, d'Abraham Fiset et de son épouse Denise Savard, des voisins.

René Ancelin, né vers 1615, venait de l'Hemenault, petit village situé à 7 kilomètres au nord-ouest de Fontenay-le-Comte. Il gabitera successivement à Voiliers (1661) et Puits-Doux (1665), deux faubourgs de LaRochelle. Le 13 novembre 1647, il épouse Claire Rousselot en l'église Notre-Dame-de-Cougnes, où leur fille, Marie, sera baptisée quatre ans plus tard. Devenu veuf, René va épouser, le 19 janvier 1665, en l'église Sainte-Marguerite à LaRochelle, Marie Juin, fille de François Juin de Saint-Sauver, à LaRochelle et de Mathurine Thessareyne. Marie Juin avait été baptisée le 17 février 1636 en l'église Sainte-Marguerite, et eut comme parrain Jean Bigoteau, receveur des consignations, et, comme marraine, Marie Bigoteau. Notre souci d'énumérer les parrains et marraines est le résultats d'une recherche sur les familles françaises de l'époque. Agé de 51 ans, René Ancelin ne craint pas de conduire sa jeune épouse de 29 ans vers des horizons incertains. Voulait-il suivre les traces d'un jeune homme de leur connaissance, émigré depuis 1656, et que l'on nomme Pierre Micheau ? Qui saurait nous le dire ? René Ancelin quitte le port de LaRochelle au printemps 1665, en compagnie de son épouse enceinte et de sa fille Marie, née d'un premier mariage. La traversée fut difficile pour la future maman, car la petite Madelaine, née le 22 novembre à 10 heures du soir, ondoyée par son père, n'a pas survécu à son baptême célébré en l'église de Château-Richer, le 28 novembre suivant. Après son arrivée à l'été 1665, René Ancelin passe un bail à ferme avec Jean Galeran Boucher, pour cultiver la terre que Boucher avait acquise en 1663.

Lorsque Pierre Micheau voit arriver cette belle Marie Ancelin, au quai de Québec, a-t-il le sentiment qu'il l'attendait ? Pourquoi, âgé de 28 ans, n'est-il pas encore marié ? Avant son départ de France, en 1656, ne connaissait-il pas cette bambine qui tenait la main de son père, le filassier, venu vendre sa marchandise au mercier Antoine Micheau ? Laissons errer notre imagination, puisque la réalité nous échappe…

Retournons à la réunion de parents et amis en ce dimanche 2 octobre 1667. Le contrat, resté inachevé pour une raison que l'on ignore, stipule que René Ancelin promet de donner aux futurs époux :

    " … ce qui pourra comporter et appartenir à cause de leur succession sans obliger led Ancelin à aucune chose. Les futurs époux ne seront tenus des dettes l'un de l'autre créées avant le mariage. La future épouse sera douée du douaire coutumier. Les époux se font donation mutuelle l'un à l'autre de tous et chacun des biens meubles et héritages qu'ils pourront avoir lors du trespas du premier mourant d'eux. Aucune révocation ou annulation lution du mariage et le tout en cas qu'il n'en est trespas. Le premier mourant pourra prendre sur sa part et portion de bien la somme de trente livres pour faire prier et servir pour le salut et le repos de son âme. Le dit Ancelin nourrira et hébergera dans sa maison les futurs époux pour un an à commencer de ce jour. "

Les dernière lignes du contrat sont obscures : Pierre Micheau veut bénéficier, en cas de chasse ou autre emploi, du statut de résident après l'année en communauté dans la maison de son beau-père. Là s'arrête l'acte notarié. Aucune signature ne valide le contrat. Un profond mystère entoure l'interruption de ce qui, au départ, parassait si réjouissant.

La célébration religieuse du mariage " le plustost que faire ce pourra ", selon la formule adoptée par les notaires du temps, a-t-elle eu lieu le lendemain 3 octobre ? Voici ce que François Fillon, " prestre missionnaire ", a noté aux registres de la paroisse Notre-Dame de Château_Richer :

    " L'an de N.S.J.C. mil six cent soixante et sept M. Morelle, prestre faisant les fonctions curiales dans la coste de Beaupré, les bans publiés et ne s'estant trouvé aucun empeschement, maria Pierre Michel natif de la paroisse de Notre-Dame de Fonteany-le-Comte ne Poitou évesché de Malsais et Marie Ancelin native de la paroisse de Coigne évesché de LaRochelle, en présence de René Ancelin et de Jacques Goulet et Pierre Gendreau. "

Comme le jour précis n'a pas été inscrit, il nous faut adopter le 2 octobre comme date du contrat non signé au greffe Claude Auber, notaire en la seigneurie de Beaupré " proche led lieu du Chasteau Richer ".

Si la clause du contrat de mariage non signé a été respectée, Pierre Micheau et sa jeune épouse sont demeurés un an chez le père de Marie, René Ancelin. Cet arrangement permit à notre ancêtre d'abattre les arbres, d'essoucher et de bâtir sa petite maison sur sa terre de l'île d'Orléans. Pendant ce temps à l'Ange-Gardien, après la mort de son bébé, Marie Juin, épouse de René ancelin, met au monde un fils, baptisé Charles le 3 décembre 1666. Au recensement fait au printemps de 1667, la famille Ancelin se répartissait ainsi : René à 53 ans, son épouse, Marie Juin, a 31 ans, Marie a 15 ans et Charles a 4 mois. Sur ses 6 arpents en valeur situés à la côte de Beaupré, René possède 2 bestiaux; ses voisin sont François Abraham Fiset et Jacques Achon.

En 1667, tout allait bien chez les Ancelin; la jeune Marie, agée de 16 ans, épouse Pierre Micheau, homme sérieux qui est son aîné de 14 ans, Soudain un incident va bouleverser cette famille : une voisine blesse René, qui reçoit une réparation. Le 18 mars 1669, devant le notaire Auber, David Estourneau promet un dédommagement à cause des blessures que Françoise Chapelain, son épouse, a infligées à René Ancelin. René était doublement heureux, car la veille, soit le 17 mars, la naissance d'une fille comblait ses espérances. Au baptême, célébré le lendemain, on lui donne le nom de sa marraine, Marie, l'épouse de Pierre Micheau. Le parrain se nomme Jean Mathieu. La cérémonie a lieu en l'église de Château-Richer, car les habitants de l'Ange-Gardien devront attendre 1688 avant d'avoir leur église.

Marie Ancelin quitte probablement la maison paternelle à l'été 1669. Tout est prêt à l'île d'Orléans pour la recevoir. Le juge Camille Pouliot affirme qu'en 1668, soit un an avant l'arrivée de Pierre et Marie, la population de l'île s'élevait à 471 habitants et dépassait la population de Québec. Peu de temps après le départ de sa fille, René Ancelin songe à la rejoindre. Le 10 mars 1670 Mgr de Laval lui concède une terre de 3 arpents de front sur le fleuve, côté sud. Le cadastre des " Terres de Saint-Jean de l'île d'Orléans ", par Léon Roy, indique au numéro 43 la terre de Pierre Micheau, et celle de René Ancelin porte le numéro 48. Le plan reproduisant la carte dessinée en 1669 par Villeneuve, ingénieur du Roi, signale au numéro 34 la terre agrandie de Pierre Micheau et passée aux mains de Jean Morier, au numéro 35, Villeneuve place la terre de René Ancelin, dont celui-ci est toujours propriétaire en 1689.

Installés sur leur nouvelle terre, les jeunes époux Micheau ont repris le rythme quotidien. Toutefois, Marie va interrompre ses activités pour devenir marraine une autre fois : le 26 mars 1670, en l'église de Sainte-Famille, Antoine Pepin dit Lachance et Marie Testu font baptiser une fille qui portera le nom de sa mère et de sa marraine. Les registres de Sainte-Famille sont ouverts depuis 1669, tandis que ceux de la paroisse Saint-Jean, où demeurent Pierre et Marie, ne s'ouvriront qu'en 1672.

Au début de la colonie, toutes les transactions se fixaient sur papier, devant notaire. C'est pourquoi, le 18 novembre 1670,

    " Par devant Pierre Duquet notaire royal en la nouvelle France residant a Quebecq et tesmoins soubsignez fut present en sa personne Pierre Michaux habitants de l'isle d'Orleans lequel a recognu et confessé debvoir bien et loyaument a louis Boussot dit laflotte absent moy dnore stipulant et acceptant la somme de bingt et une livres dix sols tournois pour marchandises a luy vendues et livrées par led boussot ainsy quil a dit et dont il est tenu pour content et satisfait et sest obligé dicelle somme rendre et payer aud Boussot ou au porteur dans le sjour et feste de St Jean Baptiste prochain pour tout delay a peine de tous despends dommages et Intheres Car ainsy & Promettant & obligeant & Renoncant & faict et passé a Quebecq Estude dud notre. Le dix huit ième Jour de novemb. Lan m'septant en presence de Charles terrier et Nicolas Dirand tesm. Et a led Michaux déclaré ne scavoir escrire ny Signer de ce enquis suivant lordonnance
    Nicolas Durand
    Charles Terrier Duquet
    Quel genre de marchandises provenant de si loin, du cap de la Madeleine, pouvaient être utiles et nécessaires à notre ancêtre ? Comme on a pu le constater prédédemment, nos ancêtres ne régleraient pas toujours leurs différends avec modération. Le 31 mai 1671, Pierre Michaux (sic) porte plainte devant Louis-Théandre Thibodeau dit Lalime, qui…

    " … se seroit transporté En la cabanne du Complaignant Le onze ou douze du present mois Et en son absence auroit fort maltraite Et exceddé de coups de fusil Marie anselin Sa femme de sorte quelle a esté obligée den garder le lict, que ledit Lalime prit le fusil dans ladite Cabanne le voulu Emporter, a quoy sopposant la dite femme L'aurait aussy outragée duquel outrage Et Maltraitement Il lauraoit fait faire visite par Lavimaudiere chirurgien… "

    On convoque alors Mathurin Thibodeau, qui, pour sa défense, apporte quelques éclaircissements : il a fait un traité avec René Ancelin, à savoir la moitié de sa récolte, de son bois de chauffage, moyennant la prix de douze minots de blé. La récolte devait être faite durant son absence.

    " Le nommé Asselein battera le bled dudit Suppliant…le mettera en la maison dudit Suppliant Et quil ne soit faict aucun trouble Sur sa famille pour empescher de dispozé de Son grain Jusque à Ce quil soit de Rettout de Son voyage… "

    écrivait Mathurin Thibodeau à l'intendant Talon en date du 6 avril précédent. Dans cette lettre, Mathurin reconnaît devoir " quelque argent " à des personnes qui le pressent de rembourser et il recommande sa famille à l'intendant, pour que justice lui soit rendue.

    Tout se complique lorsque René Ancelin entraîne son gendre, Pierre Micheau, à héberger Marie Roy, l'épouse de Mathurin, pendant qui lui, René, fait le travail exigé par Mathurin Thibodeau. Marie Roy aurait quitté sa maison avec son chien et le fusil de son mari. Quant elle retournera chez elle sans chien ni fusil, elle découvrira qu'on s'est payé à même sa subsistance. A son retour, Mathurin se présentera en la maison de Pierre Micheau pour réclamer son chien et son fusil; Marie Ancelin, seule dans son logis, ne voulut en rien lui remettre chien et fusil. Nous savons les conséquences que le refus a provoquées.

    Les convocations et les délibérations se poursuivront jusqu`à la mi-juin, Mathurin Dubé et son épouse, voisins de Pierre Micheau, sont appelés à témoigner. En conculusion, les deux parties sortiront gagnantes de la lutte : les frais seront à la charge de Mathurin Thibodeau, qui rentrera en possession de son bien. Vingt-six ans plus tard, Madeleine Thibodeau dite Lalime, fille de Mathurin, et Pierre Micheau, fils aîné de Pierre, convoleront en justes noces, ce qui dénote la bonne entente entre les deux familles.

 

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